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Terrifié, comme tous les artistes, à l’idée de voir sa pensée, son style, son œuvre souffrir d’enfermement, Jean Cocteau se méfiait des musées.
Soupçonneux, il écrivait, ainsi que le rappelle Celia Bernasconi, conservatrice du Musée Jean-Cocteau / Collection Séverin-Wunderman qui ouvrira ses portes le 6 novembre, dans la préface du catalogue dédié à cet événement: "Il arrive souvent qu’au lieu de suspendre les toiles, on les pende, on les pende haut et court, et qu’elles soient mortes".
L’architecte varois Rudy Ricciotti, Grand Prix National d’Architecture 2006, se trouvait au pied de l’arbre et la corde n’était pas loin ! Il le savait ! Autant dire, en parodiant le peintre et poète, père d’Orphée, qu’à l’impossible il était tenu.
Ricciotti s’est libéré des appréhensions en même temps qu’il délivrait Cocteau de ses angoisses éternelles en lui offrant, non un bâtiment pour abriter ses œuvres, mais un espace de liberté pour les magnifier, fenêtre ouverte sur la vieille ville et la Méditerranée, passage entre un passé tout en couleurs vieillies et la mer éblouissante.
Au pied du centre historique, la tentation était facile de dessiner un musée dans le style des lieux. Grossière faute. L’ancien et son âme écrasent tout.
Rudy Ricciotti a choisi d’imaginer un musée dans le style de Cocteau :
les lignes sont des arabesques, piliers ondulant en progression vers le ciel, qui serrent des ouvertures servant de passage à l’œil entre le dehors et le dedans. Des éclats de Menton, captés à travers les vitres, deviennent à leur tour des tableaux et les œuvres de l’artiste sont des éléments mobiles d’un ensemble sans frontières.
Est-ce du contemporain ? Cocteau ne l’aurait pas toléré, lui qui détestait "l’ignoble vulgarité de notre époque". Ricciotti a préféré de l’intemporel élégant.
Pour les uns, le musée est un coquillage abandonné par la mer, pour les autres un fragment de falaise échoué sur la plage et sculpté par les vents, à moins que ce ne soit une araignée de mer hésitant entre le sable et l’eau. Le critique d’art Paul Ardenne y voit un temple élevé à la divinité inconnue d’une civilisation qui reste à découvrir mais que Cocteau portait en lui.
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