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L’Amour, avec un grand "A", ne naît pas forcément d’un coup de foudre. Résidant à portée de vue de Menton, à Saint-Jean-Cap Ferrat où il était hébergé par son amie Francine Weisweiller à la Villa Santo Sospir, Jean Cocteau attendit cinq ans pour découvrir Menton et s’abandonner à son charme. Dès lors, il plaça ce charme indéfinissable, "mélange de luxe et de simplicité", au-dessus de tout et surtout de "l’ignoble vulgarité de notre époque".
C’est par le Festival de Musique qu’il aborda la cité où "les murmures de la rue et de la mer nourrissent en quelque sorte le silence et le fait vivre" écrit-il, plus élogieux encore lorsqu’il s’agit d’évoquer ce rendez-vous musical qui perdure : "Il n’existe nulle part ailleurs lieu plus dépaysé, plus insolite, plus suspendu dans le vide que ce Festival de Musique".
Nous sommes en 1955 et la rencontre avec le maire de l’époque, Francis Palméro, va bouleverser la vie de Cocteau et, aussi, de Menton.
On lui offre la possibilité d’inventer des dessins et peintures dans l’ancienne salle des tribunaux qui deviendra la salle des mariages, dans l’aile Est de l’Hôtel de Ville. Il avoue que le cadre est austère et qu’il règne "une indifférence un peu hostile". Il triomphe de tous les obstacles par "une cure d’altitude sur les échafaudages", rappelle, dans la très belle préface du catalogue du Musée Jean-Cocteau / Collection séverin-Wunderman, Celia Bernasconi, conservatrice des lieux. Cocteau s’emporte : "Peindre des murs exige un oubli animal, de l’intelligence, un usage artisanal des mains et des jambes…". Dans la petite cité qui boit le soleil et la Méditerranée, il voit la résurgence d’une île mythique, Knossos, trouve l’inspiration pour créer une nouvelle forme d’écriture, qu’il nommera le "style de Menton", faite d’arabesques colorées, exacerbant le sentiment d’exotisme qu’il éprouve en parcourant la ville.
Il mène, entre l’Hôtel de Ville et le Bastion, une vie d’artiste inspiré, de poète au service des belles manifestations locales – il réalisera des affiches pour son cher Festival – de "dandy" élégant, le "snobisme" en moins, recevant les grands noms du monde des arts, Matisse et Picasso, d’artisan de l’imaginaire, simple travailleur de la couleur, allant acheter ses craies, toiles et peintures dans les boutiques de la ville vieille, comme un simple instituteur, dont, au travail, il revêtait la blouse grise pour donner des leçons de rêves.
Puis les doigts barbouillés, la chemise blanche froissée, il allait se restaurer d’un plat du jour aux saveurs de Méditerranée au "Golfe de Naples", à l’angle des rues Trenca / Saint-Michel, avant d’aller discuter avec son ami Charles Beglia, "artiste peintre", tenant boutique au 32 de la rue de la République.
Passionnément heureux dans la ville où il voulut être éternellement : "Si j’ai cette salle d’exposition et le musée de la Digue – disait-il en évoquant le Bastion – je mourrai sans mourir…" Il est aujourd’hui doublement exaucé.
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